Développement.
 
 
 

Les Whalers de Longueuil: pertinence et faisabilité

Benoit Tessier

Cet automne débutera la troisième saison de la Ligue nationale de hockey depuis le conflit de travail qui a paralysé les activités de celle-ci en 2004-2005. Ce sera également la neuvième saison consécutive où le Canadien de Montréal ne sera pas couronné champion de la Coupe Stanley. L'équipe n'a jamais connu de période aussi longue sans remporter de championnat depuis au moins les années 1940 et pourtant, sa popularité demeure indiscutable.

Après près de 100 ans d'existence, il y a encore 22 000 personnes qui se déplacent chaque soir de match pour aller voir jouer le Canadien. Le marché au Québec est idéal pour le hockey. Les Québécois adorent ce sport et rêvent de voir renaître une rivalité comme celle qui animait les matchs opposant le Canadien et les Nordiques. Plusieurs mouvements plus ou moins obscurs tentent de ramener le hockey de la LNH à Québec, mais l'actuelle direction de la LNH, francophobe à ses heures, ne donnera jamais son accord à un tel projet. Il ne faut pas rêver.

Le marché montréalais, quant à lui, a suffisamment de potentiel pour être exploité davantage. Le Canadien a déjà eu comme rivaux les Maroons (l'équipe des Anglais) et les Shamrocks (l'équipe des Irlandais). Les trois équipes cohabitaient toutes sur l'Île de Montréal et se partageaient le même marché.

Bref, pour en venir au sujet et pour exploiter au maximum la popularité du hockey professionnel à Montréal, oui, emmenons à LNH à Longueuil. L'idée est à la base farfelue, je le concède, mais ce serait une erreur que de la condamner avant de l'avoir étudiée consciencieusement. Comme nous venons de le démontrer, il y a de la place dans la région de Montréal pour une deuxième équipe professionnelle de hockey. L'offre est actuellement saturée et la demande... en redemande.

Plusieurs trouveront par ailleurs qu'une équipe de sport professionnelle qui évolue dans une ville de banlieue constitue un scénario improbable et peu crédible. Les faits prouvent toutefois le contraire. Plusieurs équipes actuelles de la LNH évoluent en banlieue, en gardant toutefois le nom de la métropole ou de l'État qu'ils représentent. C'est le cas par exemple chez nos voisins d'Ottawa, où les Sénateurs jouent leurs matchs à domicile non pas au centre-ville de la capitale fédérale, mais à 20 minutes de là, dans la ville de Kanata.

Même histoire pour les Panthers de la Floride qui ont quitté depuis plusieurs années leur aréna de Miami - ville trop dangereuse le soir pour les amateurs de hockey et autres humains sans défense - pour s'installer à Sunrise, à 40 minutes au nord. Et que dire de la région de New York qui a le luxe de voir évoluer pas moins de trois équipes de la LNH à l'intérieur d'un rayon de 63 km (les Devils à East Rutherford, les Rangers à Manhattan et les Islanders à Uniondale).

Lorsque la majorité des équipes se sont dotées d'un nouvel aréna dans les années 1990, l'une des tendances favorisait le déménagement vers un secteur plus éloigné du centre-ville, un phénomène d'étalement urbain observable dans plusieurs autres domaines que le hockey. À Montréal, l'un des projets qui ont été étudiés avant la construction du Centre Molson préconisait la construction d'un aréna à Boucherville, dans la Ville… euh non… dans l'aggloméra… euhmm… dans la région de Longueuil. Boucherville a en effet beaucoup développé son potentiel commercial aux abords de l'autoroute 20, tout juste à la sortie du Pont-tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine, à 10 minutes de l'arrondissement d'Anjou à Montréal. Ajouter à ce secteur l'aréna d'une équipe de hockey professionnelle créerait une spirale ascendante de développement profitable autant pour les commerçants que pour la Ville.

Évidemment, dans le cas du Canadien, la Ville de Montréal se serait battue corps et âme contre un tel projet qui l'aurait amputée du domicile des Glorieux, mais dans le cas qui nous intéresse, ce scénario prouve que la création des Whalers de Longueuil serait profitable autant pour les Montréalais, qui pourraient aller voir jouer le Canadien à l'étranger en prenant le métro et l'autobus, que pour le développement et la visibilité à grande échelle de la troisième plus grande ville au Québec (dans ta face, Drummondville!).

Donc, gens d'affaires en quête de publicité gratuite et amateurs de hockey de Longueuil qui peuplez tous les soirs le Centre Mols… euh… Coors… euh non… le Centre Bell, organisez-vous! Cessez d'halluciner un retour des Nordiques mettez-vous à l'œuvre pour faire vivre une équipe de hockey qui va marcher pour vrai: les Whalers de Longueuil. Ils pourraient peut-être même voir le jour en 2009 et être les visiteurs du Canadien le soir de la célébration de leur 100e anniversaire. On va les planter...