Inesthétisme.
 
 
 

Les chandails de hockey modernes victimes du syndrôme de l'infâme dynamisme croustillien

Alex Ganivet-Boileau

Parlons hockey. Pas comme les plein d'marde de 110%. Pas comme tous les Don Cherry fielleux de ce monde. Pas comme les gérants d'estrades double mentonneux qui consolent leur impuissance sexuelle en gueulant des ordres à leur TV. Non, parlons-en avec sagesse. Approche, j'ai des biscuits au gingembre, une grosse douillette, et mes sourcils fraîchement taillés. Approche.

Et s'il faut tant en parler, ce n'est pas parce que c'est si important, ou parce qu'il faut regarder chaque match religieusement. Mais parce que le hockey a un petit côté romantique, qui fait vibrer les trippes, comme si c'était toute la mémoire collective qui se souvenait d'enfants jouant à -20 dehors, avec leurs vieux bâtons maganés, se faisant des jambières avec des boîtes de céréales attachées avec du duct tape, se faisant des passes avec une merde de chien gelée en guise de rondelle. La lèvre fendue, le p'tit s'en rend pas compte; il a scoré, 'à soir il va bien dormir. Romantisme.

Mais voilà, malgré le retour au jeu après un lock-out d'un an, le plus grave des problèmes du hockey institutionnalisé n'a pas été réglé. Dans une optique de renouvellement du sport, plusieurs équipes se sont dotées de nouveaux uniformes dynamiques. La gangrène rôde dans les arénas: de plus en plus de chandails de hockey ressemblent à des sacs de chips.

Si on analyse la situation froidement, on peut concevoir que le trop grand nombre d'équipes a vite fait d'épuiser la palette de couleurs possibles, et qu'elles n'ont donc guère le choix que de créer des designs «avant-gardistes», entraînant toutes sortes d'agencements et de variations des plus farfelues.

C'est exactement le même syndrôme pour les croustilles: il y a trop de saveurs et les publicitaires ne savent plus comment présenter le produit. Résultat, l'allée des chips dans un dépanneur ou un supermarché est un mélange agressant de couleurs et de designs tous plus dynamiques les uns que les autres, et on ne s'y retrouve plus. Comment trouver sa marque parmi cet amalgame où toutes veulent ressortir du lot, annulant ainsi l'effet pour l'ensemble? Il en va de même pour les chandails des équipes de la Ligue Nationale de Hockey.

Le hockey était un des derniers sports, avec peut-être le baseball, où les logos des équipes ainsi que leurs chandails, étaient simples et mornes. C'est essentiel pour rejoindre le peuple. À quoi bon être fier d'un logo cool? On appuie pas le logo d'une équipe, on appuie ce qu'il représente. Un fan qui est fier d'un gros C dans lequel se retrouve un H, ou qui est fier d'un gros W surmonté d'une queue de baleine, doit nécessairement être quelqu'un qui aime vraiment l'équipe pour ce qu'elle est. Si une équipe ressent le besoin de transformer son chandail en un tourbillon de couleurs et de lignes percutantes, c'est qu'elle sait que c'est le seul moyen dont elle dispose pour s'attirer des fans. C'est donc qu'elle ne croit plus en son sport, mais juste en sa promotion. Et pour pousser la parabole avec les croustilles; on doit les manger pour leur saveur, pas pour leur emballage.

Le hockey est aussi le seul sport d'équipe où les combats singuliers sont tolérés, alors que dans les autres, toute mêlée est automatiquement avortée par les arbitres. C'est un sport alliant finesse et manque de classe. La beauté d'un but bien orchestré et la brutalité d'une mise-en-échec. Une dualité qui est tout à son honneur, et qui fait de ce sport la fierté de bien des gens d'ici.

Cette dualité, véritable métaphore de l'humanité, doit se transposer sur les chandails des équipes. Le dynamisme n'y a pas sa place parce qu'il n'est ni finesse, ni manque de classe. Les chandails doivent donc cesser de ressembler à des sacs de chips, et redevenir simples et sans éclat, sans quoi le sport patinera tout droit vers sa perdition. Nous n'assistons pour l'instant qu'à un bref sursis.