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Les
Canadiens de Toronto Alexandre
Béland Une quantité quand même diversifiée déléments peuvent être source de fierté pour un humain moderne. Ma bière est plus froide que la tienne, check mon iPod est kaki, ou encore, mon équipe de hockey est plus vieille que toutes les autres. Dans cette dernière catégorie, cest avec un programme fort chargé et une ambition presque épeurante que lorganisation du Canadien de Montréal souligne depuis déjà plusieurs mois, avec une intensité croissante, les 100 ans dexistence de la franchise. À en croire ce quon entend, les Canadiens joueront donc leur centième saison en 2008-09. Pour loccasion, ils seront dailleurs les hôtes du traditionnel Match des Étoiles de la Ligue nationale de hockey, en janvier 2009. Tout ça est bien beau et le centenaire du Canadien est effectivement une occasion de choix pour rendre hommage à cet acteur central et incontournable du sport professionnel en Amérique du Nord, de léveil national des Québécois, de la vente de bière au Québec et du développement économique de Montréal, pour ne nommer que quelques-uns des domaines dinfluence de la Sainte Flanelle. Quen serait-il toutefois de ce portrait idyllique si la population apprenait soudainement la vérité? Quarriverait-il si plusieurs journalistes bien informés, Charles en tête, apprenaient aux gens que la seule équipe professionnelle de hockey qui aura 100 ans en 2009 se nomme les Maple Leafs de Toronto? Quarriverait-il si on apprenait aux gens que la franchise du Canadien de Montréal sest implantée à Montréal en 1910, après avoir joué une courte saison à Haileybury, en Ontario, sous le nom Haileybury Hockey Club, doù ils ont déménagé? Farfelu? Certes. Faux? Non. Cest la vérité. Charles vous offre ici-même, en exclusivité, la vraie histoire de la création du Canadien de Montréal. Un conflit, deux déménagements Transportons-nous en 1909. Deux individus, Ambrose OBrien et Jimmy Gardner ont soudainement lidée de créer une nouvelle ligue professionnelle de hockey, lAssociation nationale de hockey (ANH). Or, une ligue, ça prend des équipes. Gardner est alors déjà propriétaire des Wanderers de Montréal et OBrien possède deux ou trois équipes en Ontario. Malgré lexistence des Wanderers et des Shamrocks qui se partagent déjà le marché montréalais, Gardner convainc OBrien de créer une équipe de canadiens-français qui rivaliseront avec les deux autres équipes montréalaises. Les Canadiens voient alors le jour et jouent leur premier match le 5 janvier 1910 avec à la tête de léquipe, le joueur-entraîneur Jack Laviolette. Cest le centenaire de cette équipe, fondée en 1909, que nous sommes supposés fêter en 2008-09. Toutefois, quelque chose s'est produit. Ce rebondissement provoquera une grande confusion chez les amateurs et même chez la direction actuelle du Canadien. Nous tenons à préciser que les informations qui suivent sont véridiques. Il ne s'agit pas d'une blague, au contraire. Même si la plupart des faits qui sont énumérés ici sont tirés de divers articles de Wikipédia, la synthèse et la reconstruction de l'histoire, telle que nous vous la racontons, est uniquement le fruit du travail des auteurs de cet article. Nous mettons au défi quiconque de dévoiler au grand jour les preuves pouvant confirmer ou infirmer ce que nous avançons ici, car notre seul objectif, un peu comme Batman, est la quête de la vérité et de la justice. Voici donc. La saison 1909-10 terminée (malgré que la saison 1909-10 de l'ANH n'ait débuté qu'en janvier 1910, nous utiliserons cette dénomination pour la désigner, par souci de cohérence avec les saisons suivantes), un dénommé George Kennedy, propriétaire du Club Athlétique Canadien, fondé en 1908, sattaque à OBrien et réclame la propriété du nom Canadiens. Il nous a été impossible de découvrir en quoi exactement consistait ce Club Athlétique Canadien, mais il ne sagissait de toute évidence pas dune équipe professionnelle de hockey. Probablement que ça sapparentait davantage à un YMCA ou à une organisation de promotion de lactivité physique, à une époque où le ministère des Sports et du Loisir du Québec était trop occupé à ne pas exister pour accomplir dignement cette tâche, ce quil fera plus de 90 ans plus tard, assisté dune mascotte bleue. La dispute entre Kennedy et OBrien ne dure pas longtemps et un accord complexe, au cur de tout ce malentendu concernant lorigine du Canadien, est conclu au printemps 1910. Les Canadiens suspendent leurs activités pour la saison 1910-11. OBrien déménagera ensuite la franchise (sans les joueurs) à Toronto où ils deviendront les Blueshirts. Vous avez bien lus, les Canadiens sont déménagés à Toronto. Forcés dattendre la fin de la construction du Arena Gardens avant de pouvoir commencer à jouer, les Blueshirts ne disputeront leur premier match que le 25 décembre 1912, près de 3 ans après le dernier match des Canadiens. Toujours au sein de lentente conclue entre Kennedy et OBrien, le Club Athlétique Canadien se voit accorder une franchise de lAssociation nationale de hockey. Ambrose OBrien vend à George Kennedy une de ses équipes (franchise + joueurs), le Haileybury Hockey Club, pour la somme de 7500$. Évoluant dans un marché beaucoup trop petit pour les ambitions de lANH (voir Google Maps pour en avoir une idée), le Haileybury Hockey Club déménage à Montréal et reprend le nom du Canadien de Montréal. Ce «deuxième» club de hockey Canadien amorce ses activités dans son nouveau domicile lors de la saison 1910-11. Les Canadiens, fondés en 1909, ne sont donc pas la même équipe que nous connaissons aujourdhui. Ils sont devenus les Blueshirts de Toronto. Nos Canadiens ont joué leur première saison (1909-10) sous un autre nom, à Haileybury en Ontario, avant de déménager à Montréal à temps pour la saison 1910-11. Voilà pour nos Canadiens, dont le centenaire à Montréal ne pourra être célébré quen 2010 (et non en 2008-09), et qui ne sont même pas nés à Montréal! Léquipe au complet (joueurs, organisation, existence légale) nous a été parachutée directement dHaileybury quelque part pendant les mois chauds de 1910. Pour ajouter linsulte à linjure, penchons-nous maintenant sur ce que sont devenus les «vrais» premiers Canadiens, ceux qui sont déménagés à Toronto et qui auront véritablement 100 ans en 2009. Un autre conflit, trois changements de nom Les Blueshirts de Toronto évoluent au sein de lANH de 1912 à 1917, jusquà ce que divers désaccords persistants entre leur propriétaire, Eddie Livingstone, et ses homologues des autres équipes de lANH pousse ces derniers à créer une nouvelle ligue, la Ligue nationale de hockey (LNH) et à y faire évoluer leurs équipes dès la saison 1917-18. Les Blueshirts se retrouvent soudainement seuls dans une ligue fantôme. Jugeant toutefois inconcevable de créer une ligue de hockey professionnel sérieuse sans avoir de franchise à Toronto, les dirigeants de la nouvelle LNH accorde aux propriétaires de lArena Gardens une franchise «temporaire», qui emprunta aux Blueshirts plus ou moins légalement lensemble de leurs joueurs. Fait cocasse, cette franchise temporaire navait pas de nom officiel et les médias continuaient de les appeler les Blueshirts ou les Torontos. Aucun nom déquipe na donc pu être gravé sur la Coupe Stanley, suite à leur victoire de championnat au terme de la saison 1917-18. Le 19 octobre 1918, la franchise devient permanente et adopte le nom Arenas de Toronto. En 1947, la LNH ajoutera finalement le nom Toronto Arenas sur la Coupe Stanley pour souligner leur victoire de 1918, bien que cette appellation soit temporellement incorrecte. La franchise devient donc permanente pour la saison 1918-19, malgré dimportantes disputes légales avec Eddie Livingstone, qui sest littéralement fait voler ses joueurs. Les joueurs des Arenas appartiennent effectivement encore pour la plupart aux Blueshirts, sont sans réel contrat avec les Arenas et sont payés en argent comptant. Les coûts exorbitants des poursuites judiciaires dont ils sont lobjet forcent finalement les Arenas à se retirer de la LNH au milieu de la saison 1918-19 et finissent par déclarer faillite quelques temps plus tard, après que Livingstone eut remporté une importante victoire en Cour contre eux. Ne souhaitant aucunement se priver du marché torontois, la Ligue nationale, le 13 décembre 1919, vend finalement les droits de franchise des Arenas pour la somme de 5000$ à un groupe dinvestisseurs qui renomment léquipe: St. Patricks de Toronto. Autre fait divers, cette somme de 5000$ était supposée être remise par la LNH à Eddie Livingstone, pour compenser «lemprunt à long terme» des joueurs des Blueshirts par les Arenas, le tout pour lunique profitabilité de la LNH. Toutefois, paraît-il que cette somme se serait perdue en chemin, quelque part entre les mains de Frank Calder, alors président de la LNH. Huit ans plus tard, en 1927, les propriétaires des St. Patricks perdent une nouvelle poursuite judiciaire contre Livingstone (tenace) et mettent léquipe en vente. Un groupe dacheteurs mené par Conn Smythe prend alors possession de la franchise et renomme léquipe: Maple Leafs de Toronto. Ce qu'il faut en retenir: la vérité Le Canadien de Montréal que nous nous apprêtons à célébrer en 2008-2009 n'est pas le Canadien de Montréal. À travers une succession étourdissante dévénements ayant mené à la création de la Ligue nationale de hockey et à la stabilisation du hockey professionnel en Amérique du Nord, la trame principale est aussi surprenante que déstabilisante. Il y a eu, en 1909, une équipe de hockey créée à Montréal, nommée Les Canadiens, qui a déménagé à Toronto pour devenir les Blueshirts en 1912, dont les joueurs ont ensuite formé les Arenas de Toronto en 1917, une franchise qui est devenue celle des St. Patricks en 1919, renommée Maple Leafs en 1927. Parallèlement, un certain Haileybury Hockey Club a déménagé à Montréal en 1910 pour poursuivre ses activités dans notre métropole, en assumant le nom du Canadien de Montréal, un nom pourtant porté jadis par une franchise qui existe encore aujourdhui et qui se nomme les Maple Leafs de Toronto. Qu'est-ce qu'on veut tant célébrer chez le Canadien la saison prochaine? Si on veut célébrer les 100 ans de l'équipe à Montréal, on s'y prend un an trop tôt. Si on veut célébrer les 100 ans de la franchise, on commet une erreur probablement volontaire en ne mentionnant nulle part la modeste ville d'origine de l'équipe (c'est exactement comme si les Hurricanes de la Caroline reniaient les Whalers de Hartford). Toutefois, il faut se rendre à l'évidence que si le Canadien de Montréal désire fêter le centième anniversaire de la première saison d'une équipe nommée le Canadien de Montréal, c'est bien triste mais il devra souffler des ballons bleus plutôt que des rouges, puisque cette équipe est en fait son éternelle rivale, qui évolue depuis longtemps au bord du Lac Ontario. |
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