Humour ancien.
 
 
 

Un attrape-individu
Critique d'encyclopédie

Vincent Audette-Chapdelaine

C'est les yeux mielleux et du café plein le pyjama que nous imaginons que la plupart de nos lecteurs se réveillent, la barbe incontrôlable grimpant les joues des mâles d'entre eux. Quel désagrément, dans de telles conditions, d'être réveillé par la voix grésillante d'un animateur radio faisant un survol des manchettes (à ne pas confondre avec les touches !) C'est pourtant ce que cet article savamment élaboré s'apprête à faire : oh, mais ce ne sera guère une lecture des grands titres qu'arborent nos quotidiens d'information, mais bien un survol à dos d'aigle d'un ouvrage ambitieux et pourtant bien existant sur notre table à chevet ce mois-ci : l'Encyclopédie des Farces et Attrapes de monsieur Jean-Jacques Pauvert, éditeur.

Dans son édition «couverture rigide vert laid» de 1964, cette encyclopédie méconnue quoique fort vaste étale dès le premier paragraphe ses couleurs éditoriales : «ce sont toujours les mêmes farces qui prennent, au sens culinaire d'une mayonnaise». Bref, on voit en partant que les auteurs sont de vrais comiques. Déjà, la moutarde nous monte au nez, la sauce ne prend pas, le steak ne saigne plus, bref notre comité éditorial vit une amère déception et souhaite que les références alimentaires cessent. Mais comme c'est malgré tout plus plaisant qu'une claque en pleine gueule, nous continuons à parcourir.

Cet ouvrage veut nous faire découvrir du haut de sa présentation logique et anti-alphabétique une formidable quantité de connaissances reliées au faste répertoire des plaisantins érudits, connaissances qui vont nettement au-delà des bribes d'expertise accumulée au fil des ans par nos esprits communs, et qui, formulées à la sauce anecdotique, parviennent aucunement à tirer de nos faces des grimaces riches et pleines, au hasard d'un feuilletage savoureux. Feuilletons.

On apprend des choses, mais peu. Comment des individus en viennent-ils à sentir l'appel à la camaraderie au point de se former en confréries de farceurs ? Les histoires sont multiples. Les chevaliers de la désoeuvrance, au début du 19e siècle, regroupait des jeunes boutonneux de la ville de Issodun pour qui les distractions urbaines n'égalaient pas le plaisir de se réunir la nuit pour orchestrer de mauvais coups : d'abord, ils se contentèrent des traditionnels coups que sont de sonner aux portes des inconnus, de décrocher des enseignes, etc. Mais en 1817, les chevaliers se perfectionnèrent et furent endurcis par un entraînement sérieux qui les poussa à accomplir les plus grossiers actes ! Des exemples sont disponibles sur demande ! C'est très léger !

Les descendants de ces jeunes taquins, de leurs amis, confrères et correspondants, bref, les amis de Pauvert, trouvent réjouissance dans l'écriture d'une encyclopédie mauvaise qu'il faut tordre et faire macérer toute la nuit durant pour espérer soutirer quelques gouttes d'informations dignes d'intérêt. On se sent trahi, car on y a cru. Il faut des heures de recherche infructueuse de contenu intéressant pour vraiment réaliser qu'il n'y en a pas vraiment, et que tout ça manque vraiment de rigueur et de soin.

Roule toi dans ta tombe, Jean-Jacques Pauvert !