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Charles
rencontre Maryse Boyce Yannick Lacroix est un homme intriguant. Sa présence surprenante au premier contact, et non moins remarquée par la suite, dans les couloirs de la station Berri-UQAM y est certainement pour quelque chose. Dans un autre ordre d'idées, toute personne un peu anormalement constituée (bref la vaste majorité d'entre nous) traverse à certains moments de sa vie des phases que je nommerai ici, pour les besoins de la cause, de «coquines interrogations». Dans mon cas, la dernière manifestation de cet étrange phénomène m'a poussée à mieux comprendre Yann, et donc à l'aborder puis à procéder à un marathon de démystification comme seul Charles en connaît les secrets. Le résultat fut sympathique certes, décousu parfois et assurément enrichissant en soi. En voici un fidèle condensé. Des faits divers, en guise d'amuse-gueule - Yann vient de Québec, la ville. - Il lui reste moins d'une année avant d'atteindre l'âge respectable de 30 ans. - Il est végétarien et fervent citadin. - Yann aime les échecs (plus de détails à ce sujet, plus loin). - Yann est musicien de rue depuis 9 ans, et a jusqu'à maintenant 8000 heures de rue derrière la cravate. Mais passons à ce qui vous intrigue tous, soit : Le vif du sujet (ou encore, pourquoi?) En fait,
tout a commencé il y a 13 ans dans le Vieux-Québec. Errant
au hasard dans les rues de la ville, Yann aperçoit un homme jouant
de la flûte avec ses narines. Il admet s'être dit sur le
moment : «Si celui-là peut le faire, je dois bien être
capable moi aussi». C'est tout. Il retourne chez lui, et continue
de vaquer à ses occupations journalières. Quatre
ans plus tard, Yann est en âge de se trouver un boulot. Plutôt
que de faire comme certains et d'aller consulter un conseiller en orientation,
Yann prend plutôt rendez-vous avec la ville pour obtenir un permis
de musicien de rue. Il se pratique pour la première fois une
heure avant la rencontre, et admet avoir été plus drôle
à voir qu'agréable à entendre à l'époque.
Comme quoi la pratique peut porter fruit, il est maintenant considéré
par certains comme un semi-virtuose. Après neuf ans de travail
quotidien, il considère avoir épuisé les possibilités
que lui offre son instrument et ne fera certainement pas ce métier
toute sa vie. «Ce que tu peux faire avec trois flûtes dépasse
ce que tu peux faire avec une, mais il ne fait pas oublier qu'une flûte,
que tu en aies une ou dix, ça reste une flûte.» Québec/Montréal Non, je n'ai pas parlé de cinéma avec Yann. Par contre, si vous avez bien suivi jusqu'à présent, vous savez maintenant que Yann vient de Québec. Or, par quel périple a-t-il accosté à Montréal? La raison majeure pour laquelle il a quitté sa terre d'origine est qu'il lui était impossible de travailler douze mois par année (les musiciens de Québec jouent dehors, fait à ne pas négliger). Il passait l'hiver à accumuler des dettes, et l'été à les rembourser. À Montréal, grâce au métro, les musiciens ne chôment pas une fois la froide saison venue. Tout ne pouvant pas être rose, la compétition y est par contre beaucoup plus féroce. Parce que le créneau y est davantage saturé, il devient difficile de jouer plus d'un quart de travail par jour (généralement deux heures), à moins de jouer dans plus d'une station (ce qui implique par ailleurs beaucoup de logistique et de temps perdu). À Québec, le nombre d'heures à faire est beaucoup plus grand et c'est par conséquent plus intéressant. L'hiver est donc le seul obstacle, mais il en est un de taille. La réaction du public «Je suis très satisfait de la réceptivité des gens, je suis même surpris de pouvoir en vivre honorablement.» Honorablement en ce sens qu'il peut se loger et se nourrir convenablement. Il estime que des gens du public sont désagréables avec lui 1 fois sur mille, ce qui, si on extrapole, se produit environ 7 fois par année. Pas si mal quand on fait ça tous les jours! Les intérêts de Yann Il a beau jouer de la flûte, Yann ne fait pas que ça de sa vie et j'ai cherché à savoir de quelles passions se nourrit notre homme. Les échecs constituent la plus dévorante d'entre elles. Il joue souvent et c'est au Café pi, endroit qu'il fréquente régulièrement, qu'il s'est fait quelques amis avec qui il pourrait «vraiment faire le party» à Montréal. Quant à ses autres distractions, allez donc lui poser la question, ça lui fera probablement très plaisir. Yann au futur simple de l'indicatif présent Au moment
de notre rencontre en juillet dernier, il restait six mois d'études
avant que notre triflûtiste préféré n'obtienne
son diplôme de plomberie. Pourquoi la plomberie, vous direz-vous?
Yann avoue que «la flûte, pour la vie bohème c'est
ben beau, mais quand vient le temps de t'établir, de te trouver
une femme et d'avoir des enfants, c'est préférable d'avoir
un emploi plus stable et un revenu plus consistant». Pour vous
garder branchés sur l'avancement des études de Yann, Charles
vous propose cette formule simple en apparence mais redoutable en efficacité
: Si le chiffre obtenu est négatif, surtout ne paniquez pas! C'est que Yann a terminé ses études, et ce depuis x nombre de mois, x étant évidemment la valeur absolue du résultat que vous avez obtenu. Dans un pareil cas, il n'y a que deux choses à faire, dans l'ordre : 1) Prendre
une grande bouffée d'air frais. |
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