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Lettre
ouverte au CA de la STM Mesdames, messieurs, Je suis un fidèle usager du métro de Montréal depuis plusieurs années et je tiens à dire que je suis très satisfait du service offert. Je suis également conscient des problèmes d'argent qui affligent la STM depuis longtemps et des choix difficiles qui doivent être faits jour après jour, à cause de cette situation précaire. Je désire toutefois manifester mon intense désaccord avec certains de ces choix, qui, je tiens à le préciser, portent gravement atteinte aux traits symboliques et sentimentaux reliés à plusieurs facettes du réseau du métro montréalais. Je parle ici du manque de considération et de respect des plus honteux dont vous avez fait preuve, et ce à trois reprises, face au seul segment du métro encore intact et identique à ce qu'il était lors de son ouverture, le 1er avril 1967. Successivement, et sans scrupules, le 1er janvier 1988, le 10 mai 2000 et le 26 septembre 2003, vous avez porté atteinte à l'intégrité de la totalité des stations de la ligne jaune du métro en sabotant sans retenue leurs noms afin, rétorquerez-vous sûrement, «de les adapter aux nouvelles réalités». Tels les commettants d'un imperceptible Grand Frère, vous tâchez de retirer aux citoyens et aux stations de métro les mots d'une langue, d'une mémoire et d'une histoire qui est la leur, espérant piéger leurs esprits dans un ultra simpliste et abrutissant novlangue. Sachez que les usagers du métro n'apprécient guère les manigances auxquelles vous vous adonnez derrière les portes closes de vos grands bureaux et que vos attaques toponymiques n'arriveront pas à faire oublier aux citoyens l'essence, l'âme de leurs stations de métro préférées. Le désastre a commencé, rappelons-le, le 1er janvier 1988, lorsque, pour des raisons sûrement de «logique», la station Berri-de-Montigny a été débaptisée pour se voir imposer l'appellation Berri-UQAM. Apparemment, la rue de Montigny (devenue le boulevard de Maisonneuve) n'existait même plus lorsque la station portant son nom fut ouverte, alors que l'UQÀM existait, elle. Ailleurs sur la planète, le même jour, la station de métro Guy se faisait annexer du suffixe -Concordia, pour des raisons tout aussi nébuleuses. Douze ans plus tard, le 10 mai 2000, c'était au tour de la station Île-Sainte-Hélène de perdre la raison. Désignant à l'origine le nom de l'île sur laquelle la station est située, le nom de celle-ci, «Jean-Drapeau», n'a maintenant plus aucun sens, puisque l'île porte toujours le nom de Sainte-Hélène. Apparemment, Jean Drapeau aurait été maire de Montréal pendant plusieurs années et serait en grande partie responsable de la construction du métro. On lui devrait également la réalisation de plusieurs autres grands projets dont l'agrandissement de l'Île Sainte-Hélène, l'Expo '67 et la tenue des Jeux Olympiques de 1976 à Montréal. On estime qu'avec tout ça, l'homme mérite une station à son nom. Le comble de l'insulte est toutefois arrivé trois ans plus tard, le 26 septembre 2003, lorsque la station portant logiquement le nom de Longueuil s'est vue annexer le suffixe tout aussi démesurément long que ridicule -Université-de-Sherbrooke. Située à Sherbrooke, l'Université de l'endroit aurait versé de l'argent à la STM afin de voir son nom greffé à une station de métro. «N'importe laquelle», auraient-ils précisé. Or, ce dernier détail serait faux. La vérité serait que l'Université de Sherbrooke s'apprête à construire un important campus régional tout juste à côté du Terminus Longueuil, qui pourra accueillir beaucoup d'étudiants. Ainsi, le changement de nom de la station de métro prend tout son sens. C'est rassurant d'assister à la réalisation de projets dynamiques et créateurs d'emplois comme celui-là. En construisant un nouveau campus à Longueuil, l'Université de Sherbrooke vient assurer un avenir professionnel à nos jeunes et réinvestit dans la communauté grâce, par exemple, à des ententes de changement de nom de station de métro. La stimulation économique engendrée par ce projet générera des revenus de taxes et d'impôts pour nos gouvernements qui pourront ainsi investir davantage en santé et en éducation, le tout dans une perspective d'éradication de tous les problèmes du monde. La station Longueuil-Université-de-Sherbrooke deviendra bientôt une fierté pour le Québec et le Canada et un modèle pour le monde. Merci de votre attention. |
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