Copie non-conforme.
 
 
 

Et si le copier-coller n'était pas infailliable?

Benoit Tessier

La question mérite d’être posée. Depuis que l’ordinateur personnel est devenu un outil de travail essentiel dans pratiquement tous les domaines, sa fiabilité est maintenant étroitement liée à la stabilité et à la relative cohésion de notre société. Qui dit fiabilité des ordinateurs pense d’abord aux outils de stockage, dans lesquels chacun de nous conserve des données excessivement importantes, souvent sans qu’il n’en existe de copie physique. Qui dit fiabilité pense également au bon fonctionnement d’Internet, qui a ouvert des canaux de communication entre les personnes et les organisations, aujourd’hui indispensables.

Qui dit fiabilité néglige toutefois un processus de transmission de données que nous utilisons tous, sans réfléchir à son fonctionnement, ni remettre en question son incontestable fiabilité. Or, d’où vient le populaire copier-coller? Qui peut certifier que la fonction ne lui a jamais fait défaut? Qui prend la peine de vérifier, ne serait-ce que sommairement, que le texte qu’il colle correspond parfaitement à celui qu’il a préalablement copié ou coupé?

Le copier-coller, tel que nous le connaissons, a vu le jour en même temps que tout le reste, soit au début des années 1980 dans les premiers systèmes d’exploitation de Apple. Son efficacité et son côté pratique ont incité par la suite les autres développeurs de systèmes à intégrer la fonction dans leurs créations. Ainsi, Windows, Unix, Linux et même l’obscur OS/2 permettaient à l’utilisateur de couper, copier et coller des données d’une source à une destination.

Malgré l’apparente simplicité du processus, qui fonctionne en stockant les données coupées ou copiées dans un invisible presse-papier, en attendant d’être collées, des erreurs ponctuelles associées à la fonction sont répertoriées et documentées. Principalement, celles-ci concernent la copie et le collage de segments de séquences vidéo ou audio, d’animations Flash, etc. Un logiciel d’édition mal programmé, utilisant son propre presse-papier, peut entrer en conflit avec le presse-papier du système d’exploitation (comme Windows) et abîmer les données que l’utilisateur souhaitait reproduire ou déplacer.

Mais au-delà de ces cas isolés, il y a lieu de s’interroger sur l’utilisation quotidienne que nous faisons du presse-papier. Peut-il être toujours fiable? Charles a personnellement été témoin et subi un cas inquiétant où le copier-coller a échoué. Et on ne parle pas d’une reproduction inexacte de la mise en page originale d’un texte. À ce niveau, le copier-coller réussit rarement; il n’est simplement pas assez perfectionné pour le faire. Mais ça, c’est une autre histoire. Nous parlons du simple copier-coller d’un texte de Microsoft Word à une boîte de texte de QuarkXPress. Pendant la soirée de montage du numéro 2 de Charles, cet exercice simple, que nous utilisons à outrance, a causé la perte d’une virgule. Nous avons vérifié et contre-vérifié pour être certains. Dans la fenêtre de Word, la virgule était dans la phrase. Dans QuarkXPress, elle n’y était pas.

Ainsi, nous avons la preuve tangible de ce que nous pensions tous intérieurement, en espérant être dans le tord: la machine, dans toutes les tâches qu’elle accomplit, est faillible. Or, il est trop tard pour faire ce constat. Le copier-coller est devenu indispensable non seulement pour les créateurs de Charles, mais aussi pour les graphistes qui insèrent différentes photos dans un canevas pour créer un montage, les DJ qui utilisent des échantillons de différentes œuvres, les écrivains qui coupent un paragraphe pour le réinsérer ailleurs dans leur texte, les étudiants universitaires qui citent Wikipédia à outrance dans leurs travaux, les relationnistes qui utilisent des extraits des politiques officielles de leur employeur pour les expliquer aux différents publics, les avocats et les juges qui citent des documents de jurisprudence, les diplomates qui réutilisent toujours les mêmes formules de politesse avec les pays à amadouer, les espions internationaux qui transfèrent des informations ultra-confidentielles d’un gadget à un autre, etc.

Les programmeurs de logiciels et de systèmes d’exploitation ont l’avenir, la crédibilité et la parole de tous ces gens entre leurs mains. Advenant un complot d’un géant comme Google-Heinz qui viserait à rendre le copier-coller progressivement de plus en plus faillible sans que les gens ne s’en rendent compte, les malentendus pollueraient dangereusement les différentes relations humaines et risqueraient de générer de graves conflits qui n’auraient normalement jamais émergé. Les nouveaux canaux de communication sur lesquels repose notre société s’écrouleraient rapidement et celle-ci régresserait dans son évolution, après avoir accru la tension et les conflits entre à peu près tout le monde.

Et si un tel complot est déjà en marche, peut-être ne pourrais-je jamais vous en prévenir, car pour vous permettre de lire ce que je viens d’écrire, je devrai nécessairement copier-coller’ ce texxT¤¢. //tout v@ bienn. Ceci n`Est que fictiion;