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Egg
Nog, lait de poule, ou comment jouer à la roulette russe avec
votre estomac Alex Ganivet-Boileau Dans notre routine d'aristocrates et de vieilles pimbêches, une seule odeur peu accompagner dignement la veste en tweed rêche qui elle même sert parfois de porte-manteaux: c'est celle du egg nog, communément québécisé sous le coquin sobriquet de «lait de poule». Boisson méconnue, si ce n'est de quelque vulgaire tradition vestigiable de ce pitoyable empire britannique, le egg nog peut se résumer comme étant une sorte de milk shake qui a la particularité d'être un peu trop consistant. Les origines en sont plutôt obscures, mais on sait que «egg» veut dire «oeuf» et que «nog»était jadis une bière forte d'Angleterre. Même si le mélange de ces deux choses peut paraître inconcevable, il faut se rendre à l'évidence que la race humaine a, à un moment clé de son histoire, cru que cela pouvait être une bonne idée. Heureusement, sa forme primitive a par la suite évoluée, puisque la tradition s'empara de ce breuvage, et, de génération en génération, elle connut différentes formes jusqu'à ce qu'elle devienne celle que l'on peut s'envoyer actuellement dans la gorge. L'idée est d'obtenir un liquide démesurément calorique afin de passer à travers les froids de l'hiver. Mais les moeurs auront toutefois voulu qu'on ne la serve que pendant le temps des fêtes, ce qui, vous en conviendrez, est tout à fait ridicule. Charles fait donc fi de ce dogme et vous incite à vivre les joies du lait de poule lorsque bon vous semblera. Quoique l'on puisse acquérir ce breuvage au marché pendant tout le mois de décembre, il est aussi très simple d'en concevoir soi-même dans le confort du foyer. Il suffit tout simplement de mélanger, au goût (ou aléatoirement, si vous vivez comme s'il n'y avait pas de lendemain), les ingrédients suivants: Des oeufs Ensuite, la logique impose de brasser le tout assez vigoureusement. Vous obtiendrez donc cette mixture jaunâtre, un peu mousseuse, à l'arôme d'oeuf sucré, qui a toutes les chances d'être un ticket allé simple pour le désastre digestif. Mais certains puristes, arborant pour la plupart le monocle, ont encore à coeur de déguster ce breuvage tel qu'il se préparait à son apogée, à l'époque coloniale. Et c'est là que le egg nog prend toute sa valeur. En effet, le lait de poule «suprême» se boit chaud (comme un chocolat chaud, vous intuitez) et on doit y ajouter une lampée assez généreuse de rhum, de brandy, de cognac, ou encore de whisky. Le breuvage devient ainsi un cocktail des plus récomfortant, et on oublie vite que l'on est en train de boire des oeufs crus. Après quelques verres, on peut même oublier beaucoup d'autres choses... Malheureusement, il ne faut pas en abuser, puisque l'estomac n'est pas très habitué à recevoir à la fois des oeufs, du sucre, de la crème et de l'alcool à 40%, le tout en grande quantité. D'autant plus que chaque verre renferme l'équivalent calorique d'un repas entier. Bref, votre corps aura manquablement tendance à rejeter le tout dans la plus déshonorante des contractions que votre oesophage est en mesure de produire... Charles vous recommande donc d'opter pour une consommation non-abusive de lait de poule, qui convient bien à compléter l'ensemble robe de chambre/gros fauteuil rembourré/feu de foyer/chien poodle accroupis en forme de pain. Et vous serez ainsi bien fier de faire partie de l'immensité de l'Univers, parce que votre coeur n'aura d'autre envie que de vous chuchotter, tendrement: «Merci pour le lait d'poule, mon amour...» |
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