Darwinisme post-moderne.
 
 
 

Le goégeon, oiseau du futur

Alex Ganivet-Boileau

Il arrive parfois aux citadins de faire exception à leur nonchalance quotidienne pour s’adonner à l’observation d’animaux magnifiques qui peuplent les parcs, ruelles et caniveaux. Ces glorieuses bêtes en quête de nourriture gratuite et de bonheur ne sont nulles autres que les goélands et les pigeons.

On ne peut cependant que se désoler de voir à quel point ces animaux sont mésadaptés à la réalité urbaine. L’un, fier oiseau côtier de jadis, a faix le choix cruel de suivre les camions de frites vers l’intérieur du continent. L’autre, petit volatile généré par l’absurde et dont les principales fonctions semblent être roucouler, déjecter et faire l’amour, n’en est pas moins un formidable grignoteur, et donc un vidangeur par excellence. Ainsi, l’apport de ces deux espèces est absolument nécessaire au monde moderne. Ce sont les parfaits sous-traitants pour les services de cueillette des ordures.

Mais les lois les plus élémentaires de notre Univers vont faire en sorte que, tôt ou tard, ces deux espèces d’oiseaux vont évoluer pour mieux s’adapter à leur réalité commune. Et puisqu’elles partagent le même objectif, elles pourraient même fusionner.

L’hypothèse la plus probable serait que le pigeon ressemble de plus en plus au goéland, et vice-versa, jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de distinguer les deux espèces. Elles pourront alors s’accoupler tendrement, et un nouvel ordre mondial des oiseaux vidangeurs aura vu le jour.

Le seul risque possible serait que le pigeon évolue trop et devienne un goéland et que le goéland… devienne un pigeon. Bien que cette éventualité soit terrifiante, il vaut mieux l’ignorer et faire confiance au darwinisme.

Voici, en terminant, ce à quoi ressemblerait un goégeon :

- pattes hautes pour une démarche moins maladroite que celle du pigeon, mais pas palmées comme celle du goéland (c’est inutile)
- long bec comme celui du goéland pour une meilleure capacité a atteindre les choses, mais garde la robustesse du bec du pigeon
- ailes larges comme celles du goéland, permettant de planer un peu plutôt que d’avoir à constamment battre des ailes comme un pigeon
- couleur « urbaine » du pigeon
- port USB intégré